Chanceuse ! Chanceux ! Vous tenez entre les mains le premier numéro de la Gazette du 13e Art. Et comme tout premier numéro, il porte avec lui une part d’audace, d’excitation et beaucoup de conviction. La conviction que le théâtre mérite qu’on en parle autrement. Pas seulement dans les colonnes des grands journaux ou le soir de la première, mais bien chaque mois, avec curiosité, pour ceux qui viennent souvent, ceux qui hésitent encore, et ceux qui ne savent pas encore qu’ils adorent ça.
La Gazette du 13e Art, c’est notre façon de prolonger ce qui se passe sur scène. D’aller dans les coulisses, de donner la parole à ceux qu’on entend rarement, de faire le lien entre ce qui se joue ici et ce qui se passe dehors. Chaque 13 du mois, fidèlement.
Pour ce premier numéro, il fallait une pièce à la hauteur. Hécube, pas Hécube s’est imposée comme une évidence : la Comédie-Française qui sort de ses murs, un mythe grec qui résonne avec notre présent, une troupe qui joue chaque soir comme si c’était la première fois. On vous emmène au cœur du spectacle, dans ses coulisses, et bien au-delà.
Bonne lecture, et à très vite au 13e Art !
Le clou du spectacleDeux mères, deux trahisons
La tragédie, c’est la vie sans les mensonges.Jean Anouilh
Jean Anouilh avait raison. Au 13e Art, la tragédie n’est plus seulement un texte ancien. Hécube, pas Hécube n’est pas une pièce, c’est une déchirure. Une reine troyenne, esclave après la chute de sa cité, découvre le cadavre de son fils, assassiné par celui à qui elle l’avait confié. Une comédienne, Nadia, voit son enfant autiste arraché à un foyer où on l’a brisé. Deux mères. Deux trahisons. Deux colères qui traversent les siècles pour se rejoindre sur scène, dans un même souffle haletant.
Tiago Rodrigues a tissé ces deux histoires comme on tresse une corde pour s’y accrocher. Pas de décor clinquant : une table, sept chaises, une statue monumentale. Sur scène, le temps se décompose. Passé et présent ne s’opposent plus, ils se mêlent. La musique complète cette union : un chœur antique se fond dans les accents du blues, et la voix d’Otis Redding surgit entre les répliques comme un écho hors du temps. Car la douleur, elle, ne connaît pas d’âge.

Elsa Lepoivre ne joue pas Nadia. Elle l’incarne. Quand elle parle de son fils, ce n’est plus une réplique mais bien une plaie ouverte. Quand elle hurle sa colère contre l’institution, on entend le cri de toutes les mères trahies. Et quand le miroir se brise sur scène, c’est nous qu’il éclabousse. Parce que cette pièce ne se contente pas de raconter : elle accuse.
Autour d’elle, la troupe de la Comédie-Française se métamorphose. Denis Podalydès, tour à tour Agamemnon et juge indifférent, avoue ne plus savoir où finit le rôle et où commence la honte. Loïc Corbery incarne Polymnestor, ce traître antique, avec une cruauté qui glace et qui rappelle les bureaucrates sans visage qui ferment les yeux sur les affaires d’aujourd’hui. Séphora Pondi, elle, passe de l’avocate à la soignante maltraitante comme si le mal pouvait se cacher sous n’importe quel masque.
Ce qui se joue ici, c’est bien plus qu’un spectacle. C’est un exorcisme.
Tiago Rodrigues a écrit cette pièce avec Natacha Koutchoumov, dont le combat pour son fils a inspiré Nadia. Et c’est ça, la magie du théâtre : il prend la douleur réelle, la transforme en art, et nous la renvoie en pleine figure tel un boomerang. « On ne joue pas, on explore », dit Elsa Lepoivre. Et cette exploration est douloureuse, nécessaire et vitale. Il y aura des larmes, il y aura de la colère. Mais il y aura aussi cette étrange lumière, celle qui naît quand on se sent moins seul dans sa souffrance. Parce que Hécube, c’est nous. Et que Nadia, c’est nous.
Courez voir ce coup de poing. Il vous laissera sans voix… et c’est tant mieux !
Dans les coulissesUne table, quelques chaises, et une chienne monumentale
Fernando Ribeiro aurait pu remplir le plateau. Il a choisi de tout enlever. Une table, quelques chaises, et cette bâche tendue au centre, lourde de mystère. Quand elle tombe enfin, on comprend pourquoi il nous a fait attendre : une chienne monumentale, la patte arrachée, nous fixe. On ne l’oublie plus. Elle est là, gardienne silencieuse d’une rage qui ne s’éteint pas.
Tout le monde est en noir. José António Tenente a voulu ça : pas de costumes qui racontent, pas de personnages affichés. Juste des corps, nus dans leur humanité et égaux devant la lumière. Car c’est la lumière de Rui Monteiro qui décide avant eux. Les acteurs ne jouent pas dans la lumière, ils jouent avec elle, comme avec un partenaire. Pedro Costa, lui, travaille dans les failles, entre les répliques et sous les silences. Sa musique ne commente pas, ne souligne pas : elle s’infiltre, discrète et tenace, comme une présence invisible. Elle est là, puis d’un coup elle disparaît, laissant les mots respirer.
Et puis, il y a Otis Redding. Pas pour le public, pour la troupe. Avant chaque entrée de Nadia, ses notes résonnent dans les coulisses. Quand la musique s’arrête, les corps prennent position. Et ça commence.
Lorsque le miroir se brise, vraiment, chaque soir, le public se brise à son tour. Tiago Rodrigues insiste : « Le public doit entendre le bruit. Ça doit faire mal. » Pas d’enregistrement, pas de trucage. Le verre éclate, et cette douleur-là est réelle. La pièce, elle aussi, se brise et se recompose chaque soir, car on ne rejoue pas une émotion : on la retrouve.
Ici, le théâtre ne se contente pas d’être vivant. Il respire. Et parfois, il saigne.
L’anecdote du directeur3 avril 2015 : un ancien cinéma place d’Italie
« On me propose de visiter un ancien cinéma place d’Italie pour en faire une salle de spectacle. Je refuse dans un premier temps, car les cinémas ont souvent une très petite scène, puis j’accepte devant l’insistance de mon interlocuteur. Et cela me rappelle de bons souvenirs, puisque j’ai fait une partie de mes études à Tolbiac. Je me souviendrai longtemps de cette première visite, à travers gravats, murs éventrés, tous les sièges enlevés, sans lumière ou presque. Et l’instant magique où je découvre ce plateau incroyable du haut de la salle. Je sais, à cet instant, qu’il faut transformer ce lieu en théâtre… »
O. P. · À suivre…
Au 13e Art, on danse la vie
Le printemps s’installe sur Paris, et avec lui, quelque chose se réveille. Une énergie qui pousse les corps à bouger, les cœurs à battre plus fort et les esprits à s’ouvrir. Au Théâtre Le 13e Art, nous l’avons bien compris : danser la vie n’est pas une métaphore, c’est une nécessité !
Ici, la danse dépasse le simple statut d’art. Elle devient l’essence même de ce qui se joue sur scène. Les corps ne se limitent pas à occuper l’espace : ils l’habitent, le transforment, le font vibrer. Ils sautent, tombent, se relèvent, comme pour répondre à l’appel du printemps. Tout au long de l’année, le 13e Art célèbre la danse sous toutes ses formes. Et quand Hécube, pas Hécube entre en scène, ce n’est pas seulement une reine troyenne qui apparaît : c’est un corps en lutte, une parole qui se fait geste, la tragédie qui se danse.
Au 13e Art, les mots eux-mêmes semblent danser. Les textes ne sont pas simplement récités, ils sont incarnés, portés par des corps qui leur donnent vie et rythme. Les émotions ne restent jamais confinées dans les fauteuils : elles circulent, s’échangent, se répondent. Parce qu’ici, on ne se contente pas de regarder la vie passer. On la danse.
Le printemps ne se contente pas de revenir. Il nous rappelle que la vie est mouvement, et que le théâtre est l’un des derniers lieux où ce mouvement peut s’exprimer pleinement, sans entraves. Alors, au 13e Art, on danse la vie. Parce qu’il n’y a pas d’autre façon de la vivre.
La citation du moisLe monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs. Et notre vie durant, nous jouons plusieurs rôles.William ShakespeareDécor-tisol
Oubliez la pause café, adoptez la pause câlin

Au 13e Art, Ika, notre croisée Jack Russell, Fox et Bichon officielle, a prouvé que travailler avec son chien, c’est booster son humeur et sa productivité. Les pauses « gratouilles » relancent les idées mieux qu’un brainstorming, et on compte au théâtre 100 % de sourires garantis (et zéro réunion tendue). Alors, prêt·e à troquer votre pause café contre une pause boule de poils ?
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